Paroles d'artistes, interview de Daniel Rhod par David Wilson

 

 

Le 31 janvier dernier, Daniel RHOD, célèbre illusionniste cartomane est venu faire une conférence de haut niveau à l'ASTRALAM, restaurant magique toulousain. Inutile de préciser que les effets de cartes étaient époustouflants car je suis persuadé que vous vous en doutez. C'est pour cette raison, que je ne vous parlerai pas de cette formidable conférence mais plutôt, des quelques minutes passées avec Daniel RHOD, le temps d'une interview. Je remercie encore cet artiste de talent de s'être prêté au jeu ainsi que pour sa courtoisie et son sourire qui laisse transparaître, au-delà de son talent, une grande gentillesse. Voici donc cette interview, bonne lecture et à très bientôt pour découvrir quelques " paroles d'Artistes ".

 

David Wilson : Daniel RHOD, pouvez-vous nous dire quand a commencé votre passion pour la magie ?

Daniel RHOD : " Je pense que tout à commencé lorsque je lisais Mandrake sur les marches de l'escalier. J'avais 4 ans. Je pense que ce fut le premier déclic. Bien entendu, je ne me suis pas intéressé tout de suite à la magie et à la manipulation. Ce n'est qu'un peu plus tard, à l'âge de 12 ans que j'ai croisé un camelot sur un marché qui faisait les Raquettes aux points. Ce tour m'a beaucoup intrigué alors je l'ai acheté et j'ai commencé à le faire. Juste après, j'ai vu un vrai magicien en spectacle et là, j'ai décidé de pratiquer cet Art. "

D.W : Vous êtes un professionnel des cartes mais y-a t-il un autre domaine qui vous attire en magie ?

D.R : " bien entendu et notamment la magie des pièces. J'ai d'ailleurs débuté par des manipulations de pièces en lisant le célèbre livre de BOBO qui est malheureusement épuisé mais qui représente une bible en matière de magie des pièces. Ensuite, je me suis intéressé à tout ce qui touchait à la manipulation. J'ai fais aussi un peu de scène durant trois-quatre ans, où je présentais des effets de cordes, boules, en fait, principalement des grands classiques. En parallèle, je travaillais les pièces et les cartes. Plus tardivement, il y a une quinzaine d'années environ, j'ai commencé à me passionner pour le mentalisme qui est un peu en dehors de la magie mais qui reste magique toutefois. "

D.W : Vous qui croisez de nombreux illusionnistes, que pensez-vous de la magie française ? Doit-on envier la magie étrangère en particulier celle des Etats-Unis ou au contraire tenter de s'en éloigner ?

D.R : " Je pense qu'il y a un peu des deux solutions à envisager. Nous avons de très grands spécialistes chez nous, notamment en close-up. Nous avons de grands artistes qui ont sorti des effets originaux avec des pièces, cordes, fils, cartes… et qui font une carrière internationale. Paradoxalement, ces Artistes sont souvent plus plébiscités à l'étranger que chez nous. Nul n'est prophète en son pays, c'est bien connu ! Dans le domaine scénique aussi, nous avons de grands spécialistes avec de merveilleux numéros souvent primés en concours. La France est à mon avis l'un des pays leader en Europe avec l'Espagne en ce qui concerne la création et l'originalité des numéros. Evidemment, face aux grands shows américains, nous n'avons pas véritablement de pointure égale. Mais faut-il faire comme eux ? Je ne pense pas. Les Américains sont ce qu'ils sont et leurs spectacles sont plus accès sur le divertissement. Nous français, avons une sensibilité différente, plus Européenne et c'est à nous de faire passer cette sensibilité au public et de faire en sorte qu'elle soit plus médiatisée. D'ailleurs, lorsqu'un Artiste français va jouer à l'étranger, il a souvent plus de succès que ceux qui font du divertissement dans ce pays. "

D.W : Vous parliez il y a quelques instant des concours, quels sont les conseils que vous donneriez à un magicien souhaitant se présenter ?

D.R : " Je pense que la première condition est d'être bien préparé. Cela signifie qu'il faut un bon encadrement, et donc une petite équipe autour du futur candidat composée de personnes aptes à lui apporter des conseils, à lui faire des critiques qui peuvent le faire progresser. Bien entendu, l'idéal est de contacter un spécialiste du domaine présenté en concours. Ce n'est pas toujours évident surtout lorsqu'on est loin de la capitale. De part sa grande maîtrise, le spécialiste a un regard plus fort, plus minutieux. De là, il est important de savoir ce qui se fait dans les concours et d'être très critique par rapport au numéro qui sera présenté. Ensuite, répéter et répéter encore. Bien évidemment, il est important de commencer par des concours style A.F.AP. ou autres, avant de viser les plus gros morceaux comme la F.I.S.M. "

D.W : Daniel RHOD, quel est votre meilleur souvenir en magie ?

D.R : " Sans aucun doute mon passage au Magic Castle en 1978 lorsque j'ai été engage pour une conférence devant de très grands experts tels : Dai Vernon, Lary Ginnings, etc.…Ce Magic Castle représentait pour moi un lieu idyllique dans lequel je ne pensais jamais passer un jour. J'ai eu cette chance et depuis, j'y suis retourné à deux ou trois reprises et espère bien y retourner pour me rappeler d'excellents souvenirs.

D.W : Si vous aviez trois noms de personnalités magiques à me citer, lesquels choisiriez-vous ?

D.R : " En ce qui concerne les personnalités françaises, je peux déjà vous donner trois noms qui sont : Georges Méliès pour ses diverses illusions, Robert Houdin pour sa réforme de la magie moderne et De Kolta parce qu'il fut le plus grand créateur dans le domaine magique. Il y aurait d'autres noms à vous citer qui font actuellement les beaux jours de la magie mais laissons encore faire le temps. Nous avons vraiment de grands Artistes en France.

D.W : Daniel RHOD, pour atteindre le niveau qui est le votre aujourd'hui, cela nécessite beaucoup de travail ; quelle est votre plus grande difficulté à l'heure actuelle dans votre profession ?

D.R : " C'est une question très difficile mais je dirai que je ne cherche pas assez à me faire connaître. Je ne fais pas assez de publicités et fonctionne plutôt sur le Bouche à Oreilles. Certaines personnes de mon entourage proche me le reprochent parfois mais il est vrai que l'accès à la publicité n'est pas ma tasse de thé. D.W : Le contraire à présent, quelle est votre plus grande facilité ?

D.R : " Je ne sais pas si l'on peut parler de facilité mais j'adore connaître l'histoire de la magie en recherchant dans divers supports pour remonter le plus loin possible et connaître l'histoire de certaines créations ou personnages magiques. Je collectionne les ouvrages anciens et c'est un vrai plaisir. Le second plaisir concerne la recherche. Je tente de trouver l'effet nouveau qui viendra améliorer une routine ou en créer une autre. Je me considère d'ailleurs comme un chercheur et ce domaine me plait beaucoup.

D. W : Daniel RHOD, nous arrivons à la fin de notre entrevue, juste une dernière question. Comment découvrir Daniel RHOD lorsqu'on ne l'a encore jamais vu. Est-ce par le biais de galas, l'Internet, les livres… ?

D.R : " Pour le site Internet, pas encore, ce n'est pas mon soucis principal. Le fait qu'actuellement je m'occupe d'un magazine, de conseils en émissions télé, de galas etc.…ne me permet pas d'axer mes actions sur la publicité, ce que je disais tout à l'heure. Par contre les gens peuvent me découvrir en galas ou bien dans des cabarets et mini-théâtres mais pour ces derniers, c'est surtout à l'étranger plus qu'en France, en tous cas pour le moment.

A très bientôt !

David Wilson.

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